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Ouvrons les fenêtres !

Quel air respire-t-on chez soi ? Telle est la question à laquelle se sont attachés de répondre les intervenants de la conférence du 26 novembre 2013 organisée par l’Agence régionale de santé (ARS Alsace) à la salle des fêtes de l’Hôpital Civil de Strasbourg. Et la réponse n’est pas très réjouissante tant les polluants de l’air intérieur sont nombreux… Certains gestes simples permettent toutefois de limiter les dégâts.

« Nous passons près de 22 heures sur 24 dans des locaux ou des espaces clos », commence Amélie Michel, responsable du pôle "santé et risques environnementaux" à l’ARS Alsace, « nous devons donc respirer l’air qui se trouve dans ces lieux sans pouvoir s’y soustraire ; La présence dans l'air intérieur et l'impact sanitaire de certains polluants (monoxyde de carbone, légionelles, radon, moisissures... ) sont connus de longue date. D'autres font l'objet d'études et d'évaluation. » De fait, la qualité de l’air des locaux constitue un véritable enjeu de santé publique. Aussi, l’amélioration de la qualité de l’air intérieur figure parmi les objectifs prioritaires du deuxième plan régional santé environnement (PRSE2), qui définit, pour la période 2011-2015, les grandes priorités de la région concernant la santé environnementale. Ce plan prévoit notamment le développement du métier de conseiller médical en air intérieur, la réduction des expositions et l’information du public sur la qualité de l’air. C’est dans ce cadre que cette conférence est organisée.

Les risques respiratoires liés à la maison

Les sources de pollution de l’air de nos logements sont diverses. Parmi celles-ci, l’air extérieur bien sûr, mais aussi des sources qui émettent en continu certains polluants comme le mobilier, les matériaux de construction et de décoration, ainsi que des sources ponctuelles telles que la fumée de tabac, les appareils de chauffage à combustion, les bougies parfumées et encens ou les produits d’entretien.

Environ 10% de la population souffre d’asthme à un moment quelconque de sa vie. L’asthme reste encore une maladie très fréquente : il est la première cause d’absentéisme féminin et la première maladie chronique de l’enfant. « La fréquence de l’asthme et des maladies allergiques a doublé entre 1980 et 2000 », annonce le Pr Frédéric de Blay, pneumologue aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. « Même si depuis, cela s’est un peu tassé », admet le pneumologue, « ce nombre continu d’augmenter ».
Avoir un terrain atopique, c’est-à-dire fabriquer des anticorps de l’allergie - les IgE - ne signifie pas être allergique. D’ailleurs, 40 % des français fabriquent des IgE vis-à-vis des allergènes de l’environnement. Par contre l’exposition à l’allergène va augmenter le risque de développer des symptômes asthmatiques.

Au premier rang des allergènes : les acariens. Ils sont responsables de 80 % des asthmes allergiques de l’enfant et 50 % des asthmes allergiques de l’adulte. Les acariens ne sont pas présents de manière uniforme à travers le monde. « Les pays scandinaves en sont dépourvus », confie le Pr de Blay. Certains facteurs favorisent leur présence : par exemple, les pièces situées au rez-de-chaussée, surtout s’il n’y a pas de vide sanitaire, ont trois fois plus de risque d’avoir des acariens. L’isolation des murs, la présence d’un double vitrage, un taux d’occupation supérieur à 6 personnes et surtout la présence de moquette sont autant de facteurs qui favorisent aussi la prolifération des acariens.
Les allergènes de chat sont responsables de 30 % des asthmes en France. « La protéine allergène du chat est très résistante et est présente partout, même dans les bureaux et les salles de classe », affirme le pneumologue. Il existe même des personnes ayant un asthme allergique au chat sans posséder de chat chez eux.
Les moisissures ne sont pas en reste. « Le problème lié aux moisissures croît de plus en plus avec les mesures visant à améliorer l’isolation des habitats », déplore le Pr Frédéric de Blay. Ces moisissures agissent comme les allergènes, mais peuvent aussi favoriser les affections respiratoires chez le nouveau-né et même provoquer une pneumonie grave : l’aspergillose invasive.

D’autres substances, que les polluants biologiques, peuvent avoir un impact sur les allergies. C'est le cas de certains polluants chimiques, parmi lesquels les composés organiques volatils (COV) issus des produits ménagers, des matériaux de construction, du mobilier et des parfums d’ambiance. L’un des COV le plus connu, le formaldéhyde, peut entraîner des infections respiratoires chez l’enfant. Chez les sujets sains, les COV commencent à entraîner des symptômes de l’asthme à partir d’une concentration de 25 mg/m3 et à partir de 2,5 mg/m3 chez les asthmatiques. « Une telle dose n’est jamais atteinte dans nos maisons où les taux avoisinent généralement 1mg/m3 », concède le pneumo-allergologue. A eux seuls, les COV ne déclenchent donc pas de symptômes. « En revanche, poursuit le Pr de Blay, leur association avec d’autres polluants favorise l’aggravation des symptômes chez les sujets allergiques et chez les asthmatiques et notamment chez les enfants atopiques. » Un phénomène croissant inquiète le pneumologue : « 90 % de mes patients utilisent des huiles essentielles et de l’encens, qui sont composées de COV, dont le limonène, très irritants pour les bronches. Or, malgré leurs allégations commerciales, ces produits sont très mauvais pour les asthmatiques. »
Les ammoniums quaternaires sont très utilisés comme désinfectant et détergents - ce sont les fameux « agents de surface cationiques » - et également dans les produits cosmétiques. Une exposition à ces ammoniums quaternaires augmente le risque d’avoir de l’asthme et des troubles respiratoires.

Comment limiter les risques ?
L’environnement intérieur représente donc un cocktail de produits dont l’association peut causer des allergies et des troubles respiratoires. « Quand on parle d’effets sur la santé, la durée d’exposition est également une notion très importante », souligne Nathalie Leclerc, ingénieure d’études à l’ASPA. En effet, même à faible concentration, un polluant peut avoir des effets néfastes si l’exposition est prolongée.
Dès lors, comment faire pour limiter les sources de pollution dans nos maisons ? En réduisant l’utilisation de ces produits ou en choisissant des articles moins polluants présentant moins de risques pour la santé. Toutefois, la tâche n’est pas chose aisée face à la profusion d’offres commerciales et de labels vantant les mérites d’un produit. « Un matériau naturel ou écologique n’est pas forcément sain », prévient Nathalie Leclerc, ingénieure d’études à l’ASPA.

Depuis le 1er septembre 2013, la loi Grenelle 2 impose un étiquetage des produits de construction et de décoration. Ces étiquettes indiquent la classe du niveau d’émission en polluants volatils, les produits classés A+ ayant de très faibles émissions et ceux classés C émettant fortement. Pour les produits qui ne sont pas encore concernés par cet étiquetage, il existe un outil intéressant pour orienter ses choix : les labels "NF Environnement", "der blaue Engel" et "l’Ecolabel Européen". « Ces écolabels ne sont pas qu’une démarche commerciale », précise l’ingénieure de l’ASPA, « ils ont vraiment un impact moindre sur l’environnement ».

Certains gestes quotidiens peuvent également réduire les émissions de polluants : ne pas fumer à l’intérieur, entretenir ses appareils de chauffage à combustion, limiter son utilisation de parfums d’intérieur et de produits d’entretiens, par exemple. Le geste le plus important est de ventiler et d’aérer pour assurer un bon renouvellement de l’air. Quand aux prétendues solutions de dépollution : « Il faut être vigilant, prévient Nathalie Leclerc, les purificateurs miracles comme les plantes dépolluantes n'ont pas prouvé leur efficacité. »

Un nouveau métier : conseiller médical en environnement intérieur
Lorsque le diagnostic de pathologie respiratoire liée à un polluant intérieur est réalisé, le médecin peut orienter les patients vers un conseiller médical en environnement intérieur (CMEI). Ce métier, dont l’efficacité est reconnue, a été créé à Strasbourg en 1991. « Le rôle du CMEI est d’aller au domicile du patient faire des mesures des polluants de l’environnement », décrit Martine Ott, CMEI aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. « Puis, il donne des recommandations pour réduire les expositions existantes avec pour finalité d’améliorer les symptômes », continue-t-elle. Lorsqu’il s’agit d’une pathologie professionnelle, le CMEI peut intervenir sur le lieu de travail. « Les mesures que l’on va proposer vont être adaptées à la maladie du patient, à ses habitudes culturelles et à son niveau de compréhension », précise la CMEI strasbourgeoise. La visite au domicile commence par une évaluation générale du logement : son environnement extérieur (e.g. la proximité d’une autoroute), le type d’habitat et de chauffage, la fréquence d’aération, l’entretien d’un système de ventilation, ainsi que les habitudes de vie (tabagisme, séchage du linge, utilisation de parfums d’ambiance…). Elle se poursuit par une mesure de l’exposition aux polluants incriminés grâce à différents outils : Acarex-test, pièges à blattes et kits de mesure des polluants chimiques. Selon les résultats de ces évaluations, des mesures d’éviction sont ensuite proposées. « Les CMEI ont également un rôle d’information auprès du grand public », complète Anne-Catherine Barlier, CMEI dans le Haut-Rhin, « c’est pourquoi nous intervenons régulièrement dans le cadre de conférences ». Face au problème de la qualité de l’air intérieur, cette profession est véritablement dans l’air du temps.

En conclusion : pour améliorer facilement la qualité de l'air intérieur, il convient d'adapter un mode de vie qui limite l'émission de polluants mais il convient surtout d'aérer quotidiennement son logement.

Magali EYRIEY,
Rédactrice scientifique

 

Avec le soutien de l'ADIRAL

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Article de vulgarisation