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Du 28 octobre 2014 au 29 octobre 2030

Air-climat énergie : un deal pour résoudre le dilemme


Le mardi 9 septembre 2014, jour d’audition de Ségolène Royale par la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte, le comité alsacien de l’APPA a organisé une conférence-débat sur le thème : « Air-climat-énergie : deal ou dilemme ? ». Pour répondre à cette question au cœur de l’actualité, l’association a invité trois experts locaux à s’exprimer devant le public de la salle des fêtes de l’Hôpital Civil de Strasbourg.


Air-Climat-Energie : une approche transversale
Emmanuel Rivière, de l’association pour la surveillance et l’étude de la pollution atmosphérique en Alsace (ASPA), ouvre la séance sur la nécessité de traiter de manière conjointe les trois grandes problématiques de l’atmosphère que sont l’air, le climat et l’énergie.
Cette approche transversale est, depuis une dizaine d’années, prise en compte dans la politique française : le plan climat de 2004 reconnait pour la première fois l’intérêt de mettre en place des plans climat territoriaux.
En 2010, la loi du 12 juillet portant engagement national pour l’environnement instaure des schémas régionaux du climat, de l’air et de l’énergie (SRCAE).
Le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte confirme cette approche en prévoyant un volet « qualité de l’air » et l'établissement de plans climat-air-énergie territoriaux.

Air-Climat-Energie : des enjeux à concilier
Réconcilier ces différentes problématiques n’est pourtant pas chose aisée. Par exemple, « en ville, on dépense moins d’énergie par habitant pour se chauffer et pour se déplacer », analyse Emmanuel Rivière. « Du point de vue énergie et lutte contre le changement climatique, limiter l’étalement urbain semble une bonne mesure ; mais il faut éviter d’installer des populations sensibles dans des zones polluées ». Certes, il faut faire en sorte de réduire la consommation d’énergie et de gaz à effet de serre (GES) et favoriser l’utilisation d’énergies renouvelables, mais pas au détriment de la qualité de l’air.
De même, l’on peut s’interroger sur l’utilisation du bois-énergie, énergie renouvelable certes bonne pour le climat en limitant les émissions de GES, mais source de particules qui polluent l’air.

Il est donc primordial que les actions à mener prennent en comptent une vision globale des trois volets du problème.
Pour cela, l’Alsace s’est dotée d’un dispositif ambitieux à la hauteur des enjeux air, climat et énergie. La stratégie régionale comprend :
- le schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie (SRCAE)
- la conférence régionale de l’énergie et de l’atmosphère en Alsace (CREA)
- le programme energivie.info
- les plans climats énergie territoriaux (PCET)

Le schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie (SRCAE)
Le SRCAE est « un document stratégique au service de tous les acteurs locaux concernés visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergie, à s’adapter au changement climatique et à améliorer la qualité de l’air aux horizons 2020 et 2050 ». Elaboré en concertation avec plus de 300 acteurs locaux, il a été cosigné par le président de la Région Alsace et le Préfet le 29 juin 2012. Les principaux engagements sont :
- Réduire de 75% les émissions de GES entre 2003 et 2050.
- Réduire de 20% la consommation énergétique entre 2003 et 2020.
- Intégrer l’adaptation au changement climatique dans l’ensemble des politiques régionales.
- Prévenir et réduire la pollution atmosphérique.
- Augmenter la production d'énergies renouvelables à 26,5% d’ici à l'horizon 2020.

La conférence régionale de l’énergie et de l’atmosphère en Alsace (CREA)
La CREA assure le suivi des programmes de lutte contre le réchauffement climatique régionaux initiés dans le cadre du SRCAE. Pour cela, la CREA rend compte chaque année de la situation atmosphérique régionale grâce aux données de l’ASPA.
Les consommations d’énergies en Alsace baissent régulièrement depuis les années 2000. Amélioration des procédés industriels, renouvellement des installations de chauffage, mais aussi baisse de l’industrialisation en sont les principales raisons. Avec 22% de l’énergie produite, la part des énergies renouvelables est en augmentation constante depuis le milieu des années 2000. Parallèlement, les émissions de GES et de particules sont en diminution. « Si l’objectif de réduire les émissions de particules de 30% d’ici à 2015 semble difficile à tenir, la région est sur la bonne voie en terme de réduction de consommations d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre », confie Emmanuel Rivière.

Le programme energivie.info
« Le programme energivie.info, mis en place en 2004 par la Région Alsace et l’ADEME, s’intègre parfaitement dans la stratégie régionale », explique Sabine Goetz, coordinatrice du programme à la Région Alsace. Ses actions majeures sont des incitations financières pour la réalisation de projets BBC et l’intégration des énergies renouvelables, des actions de formation et de sensibilisation des professionnels du bâtiment, un accompagnement technique et administratif des maîtres d’ouvrages et des outils de communication à destination des consommateurs d’énergie en Alsace.
La spécialiste souhaite faire passer un message fondamental : il faut réduire sa consommation énergétique. « Le chauffage correspond à 65% de la consommation d’énergie au sein d’une habitation. Certains gestes simples comme l’entretien de la chaudière, la régulation et la programmation de son appareil de chauffage ou le maintien d’une température de 19°C dans les pièces à vivre permettent de réduire la consommation de plus de 10% et de réaliser d’importantes économies ». En plus, de ces gestes simples, des investissements peuvent être fait au niveau de l’habitat. La Région Alsace, en partenariat avec EDF et ÉS, a mis en place le programme "Je rénove BBC" pour inciter financièrement et techniquement les propriétaires alsaciens de maisons individuelles à rénover thermiquement leur logement. « L’objectif du programme est de diviser par quatre sa facture d’énergie grâce à l’isolation renforcée, d’améliorer le confort au sein de sa maison et de valoriser son patrimoine, tout en contribuant à préserver l’environnement en limitant les émissions de GES », détaille Sabine Goetz.

Une meilleure consommation passe aussi par le recours aux énergies renouvelables. « Le bois-énergie est une énergie moins polluante, non-épuisable grâce à une gestion durable équilibrée des forêts et à bilan carbone neutre », vante la coordinatrice d’energivie.info. « Cela à condition d’utiliser des appareils de chauffage modernes et un bois de qualité et de bannir les cheminées ouvertes », tempère-t-elle. C’est pourquoi, depuis 2005, la région Alsace soutient les particuliers pour l’installation de chaudières à bois performantes.

Disséminés sur le territoire régional, les Espaces Info Energie sont les relais d'information auprès des particuliers du programme energivie.info. Les conseillers de ces espaces apportent des conseils neutres, gratuits, indépendants et détachés de tout intérêt commercial aux particuliers et informent sur les aides financières de l’état, celles du programme énergivie.info, et celles spécifiques aux communes.

Les plans climats énergie territoriaux (PCET)
Les PCET sont des stratégies territoriales déclinées en programmes d’actions. « Ils visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à améliorer la qualité de l’air, à réduire les consommations d’énergie et à développer des énergies renouvelables pour lutter contre le changement climatique et s’adapter à ses effets », explique Mikaël Lux, animateur du PCET de la Communauté Urbaine de Strasbourg (CUS). Pour Strasbourg, les objectifs qui ont été fixés à l’horizon 2020 sont de :
- Baisser les émissions de GES de 30%
- Baisser la consommation d’énergie de 30%
- Intégrer 20 à 30% d’énergies renouvelables.

Ces engagements se déclinent dans les politiques publiques autour de trois axes prioritaires de travail que sont les bâtiments, les transports et les consommations d’énergie. Mikaël Lux présente quelques exemples d’actions mises en place dans le cadre du PCET de la CUS : pour les transports, le développement de l’intermodalité avec la marche à pied, le vélo, les transports en communs et l’autopartage permet d’offrir une diversité de modes de transports respectueux de l’environnement. « Une telle politique de transports est favorable pour les trois indicateurs que sont l’air, le climat et l’énergie », commente l’animateur du PCET strasbourgeois. L’ajout de critères environnementaux dans les marchés publics, comme des produits locaux et biologiques pour la restauration scolaire, va également dans le bon sens. Toutefois, certaines actions sont plus sujettes à caution : la réhabilitation du bâti permet une amélioration énergétique et une baisse des émissions de GES, mais la qualité de l’air peut en pâtir avec une pollution de l’air intérieure concentrée par l’isolation et le renforcement de l’étanchéité à l’air. La construction de bâtiments à énergie positive qui produisent plus d’énergie que ce qu’ils consomment ne semblent pas forcément meilleure pour le climat qu’un bâtiment neuf performant (type passif) : « plus on rajoute de la technologie à un bâtiment, plus on charge son bilan carbone global », analyse Mikael Lux. Autre exemple présenté : la politique des déchets. Une démarche jusqu’au-boutiste de multiplication des poubelles de tri (verre, carton-papier, métaux, bio-déchets…), multiplie d’autant le carburant utilisé par les bennes-à-ordures pour la collecte.
« L’intégration de la problématique air aux enjeux climat-énergie, rajoute une dimension géographique », souligne M. Lux. « Cette dimension nous force à régionaliser nos politiques et à revoir l’aménagement du territoire. »


Magali EYRIEY
Rédactrice scientifique

 

Avec le soutien ADIRAL
 



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